Le locataire d’un local commercial se demande souvent s’il pourra rester dans les lieux à la fin de son bail. La réponse tient en un mot : oui, à condition de remplir quelques critères précis, et d’agir dans les bons délais. Le statut des baux commerciaux, souvent appelé « propriété commerciale », protège en effet l’exploitant qui a bâti une clientèle dans les murs.
Le locataire a-t-il droit au renouvellement de son bail commercial ?
Oui, si le locataire est propriétaire du fonds de commerce exploité dans les locaux, et si ce fonds a bien vécu pendant les dernières années du bail. Les articles L145-8 et suivants du Code de commerce (le socle du statut) posent des conditions que l’on peut vérifier une par une.
- Être propriétaire du fonds de commerce, de l’activité ou de l’artisanat exploité dans les lieux, et non un simple occupant.
- Justifier d’une exploitation effective du fonds pendant les trois dernières années précédant l’expiration du bail, ou de sa prolongation.
- Exercer l’activité de façon réelle et régulière, conformément à la destination prévue au bail.
- Être immatriculé au registre compétent (RCS, répertoire des métiers ou RNE selon l’activité).
- Ne pas relever d’un régime exclu du statut (bail saisonnier, convention d’occupation précaire, bail dérogatoire de trois ans maximum).
Une interruption d’activité fragilise le dossier, sauf si elle s’explique par un motif légitime : travaux, sinistre, fermeture administrative. Pour prouver l’exploitation, le locataire peut réunir son chiffre d’affaires, ses déclarations fiscales, ses factures, ses relevés comptables ou ses supports publicitaires.
Le bail commercial dure au minimum neuf ans, et les sommes versées à l’entrée sont détaillées dans notre guide sur le dépôt de garantie d’un bail commercial. Le locataire peut le quitter à chaque période triennale, mais le bailleur ne peut pas, lui, reprendre ses locaux à l’échéance sans en payer le prix. C’est tout l’intérêt du droit au renouvellement : à défaut de motif légitime, refuser coûte cher au propriétaire.
Comment demander le renouvellement ou répondre à un congé
Deux initiatives sont possibles. Le locataire peut demander le renouvellement dans les six mois qui précèdent l’expiration du bail, ou à tout moment si le bail est déjà en tacite prolongation. Le bailleur, de son côté, peut délivrer un congé, avec offre de renouvellement ou avec refus, au moins six mois avant l’échéance.
La forme compte autant que le fond. La demande de renouvellement se fait par lettre recommandée avec accusé de réception ou par acte de commissaire de justice, et doit reproduire le texte de l’article L145-10 du Code de commerce. Le congé du bailleur, lui, passe obligatoirement par un acte de commissaire de justice, et doit respecter l’article L145-9 : il est donné pour le dernier jour du trimestre civil.
L’erreur la plus fréquente consiste à envoyer la demande par simple mail ou par courrier ordinaire. Sans valeur probante, elle ne déclenche aucun délai et peut laisser le locataire sans protection le jour où le propriétaire donne congé.
Trois mois de silence valent accord sur le principe
Une fois la demande signifiée, le bailleur dispose de trois mois pour répondre. S’il se tait, il est réputé avoir accepté le principe du renouvellement et ne pourra plus invoquer de refus. Reste alors à s’entendre sur le loyer et les autres clauses du nouveau bail.
Le calendrier à garder sous les yeux
| Situation | Quand agir | Forme requise |
|---|---|---|
| Demande du locataire (bail à terme) | Dans les 6 mois avant l’échéance | Lettre recommandée ou commissaire de justice |
| Demande du locataire (tacite prolongation) | À tout moment | Lettre recommandée ou commissaire de justice |
| Réponse du bailleur | 3 mois après la demande | Acte extrajudiciaire motivé en cas de refus |
| Contestation d’un refus ou d’un congé | Dans les 2 ans | Saisine du tribunal judiciaire |
Le silence des parties : la tacite prolongation

Si personne ne bouge à l’échéance et que le locataire reste dans les lieux, le bail commercial se poursuit sans limite de durée, aux conditions antérieures. On parle de tacite prolongation. Le locataire garde son statut et son droit au renouvellement, mais la situation devient moins stable.
En effet, le bailleur peut alors donner congé à tout moment, avec un préavis de six mois et pour la fin d’un trimestre civil. Le locataire peut lui aussi partir en respectant la même procédure. Autre point à connaître : le loyer reste en principe inchangé, car aucune révision à la valeur locative n’intervient sans nouvelle demande. Pour sortir de cet entre-deux, le locataire a tout intérêt à demander formellement le renouvellement, ce qui fait courir le nouveau bail à partir du premier jour du trimestre civil suivant.
Refus du bailleur : motifs valables et indemnité d’éviction
Le propriétaire peut refuser le renouvellement, mais il doit en payer le prix. Le principe est posé par l’article L145-14 : en cas de refus, le bailleur verse une indemnité d’éviction égale au préjudice subi par le locataire évincé. Le locataire a le droit de rester dans les lieux jusqu’à son paiement.
Le bailleur peut échapper à cette indemnité dans des cas limités. Le principal est le motif grave et légitime : loyers impayés, sous-location non autorisée, changement d’activité non permis, dégradations, ou cessation d’exploitation sans raison sérieuse. Dans certains cas, le propriétaire doit d’abord mettre le locataire en demeure de régulariser, et l’infraction doit persister un mois après. Le refus peut aussi se fonder sur l’insalubrité de l’immeuble, ou sur un projet de reconstruction ou de reprise dans les conditions prévues par la loi (le droit de reprise), qui ouvre parfois droit à une indemnité ou à une offre de relogement.
Le locataire qui conteste le refus ou veut faire valoir son indemnité doit agir dans les deux ans suivant le congé ou le refus. Passé ce délai, la prescription biennale joue et le droit s’éteint, quelle que soit la solidité du dossier.
Exemple chiffré : ce que peut représenter une indemnité d’éviction
Prenons un commerce de proximité, à titre d’illustration seulement. Le juge additionne en général la valeur du droit au bail ou du fonds (ici 60 000 €), les frais de remplacement et de mutation (6 000 €), les frais de déménagement et de réinstallation (8 000 €) et le trouble commercial lié à la fermeture (environ 25 000 €).
Le total approche 99 000 €. Dans la réalité, tout dépend du chiffre d’affaires, de l’emplacement et de l’expertise ordonnée en cas de désaccord.
Fixation du loyer renouvelé et désaccord sur le montant
Le nouveau bail dure en principe neuf ans, aux clauses du précédent sauf accord contraire. Le loyer renouvelé correspond à la valeur locative, mais l’article L145-34 prévoit un plafonnement : l’augmentation ne peut pas dépasser la variation de l’indice des loyers commerciaux (ILC) ou des activités tertiaires (ILAT) sur la période écoulée.
Ce plafonnement ne s’applique pas toujours. Il tombe si les facteurs locaux de commercialité ont changé de façon notable (ouverture d’une gare, piétonnisation d’une rue, par exemple), si la durée du bail dépasse neuf ans ou si les locaux ont été modifiés. La hausse est alors lissée, dans la limite de 10 % par an.
En cas de désaccord, la fixation du loyer relève du juge des loyers commerciaux, souvent après un mémoire préalable et une expertise. Le locataire continue de payer le loyer en cours ou un loyer provisoire, puis un ajustement a lieu une fois la décision rendue.
Les cas particuliers à vérifier avant d’agir

Tous les occupants de locaux professionnels ne bénéficient pas du statut. Un bail dérogatoire (jusqu’à trois ans), une convention d’occupation précaire ou une location saisonnière en sont exclus. Si le locataire reste dans les lieux après un bail dérogatoire, un bail statutaire naît toutefois automatiquement, avec le droit au renouvellement qui l’accompagne.
La cession du fonds de commerce transmet au repreneur le droit au bail, donc la protection associée, mais l’exploitation doit être réelle et continue. Avant d’envoyer la moindre demande, le plus sûr est de faire vérifier par un avocat ou un notaire la nature du bail, la date d’échéance et les preuves d’exploitation disponibles.





